La théorie de l’universalité et de la diversité des soins selon la culture de Leininger

déc 12

la théorie transculturelle de LeiningerLa théorie de l’universalité et de la diversité des soins selon la culture (the theory of culture care diversity and universality) fait partie des grandes théories du Prendre Soin. Elle a été développée dans les années soixante par Madeleine Leininger.

 

 

Qui est Madeleine Leininger ?

Madeleine Leininger est la fondatrice de la société mondiale de soins infirmiers transculturels. Elle a obtenu un master en Sciences Infirmières, à l’université Américaine catholique, à Washington DC et un PhD en anthropologie culturelle et sociale.

Elle a été professeure  et doyenne à l’université de Washington et de l’Utah. Elle a écrit une trentaine de livres, a publié plus de 250 articles et a effectué plus de 1200 conférences publiques aux Etats-Unis et à l’étranger.

En 1969, elle a mené une première étude sur le terrain en Nouvelle-Guinée et étudie 25 cultures occidentales et non occidentales.

Elle développe la première méthode en recherche infirmière l’ethnonursing qui permet d’offrir des soins culturellement compétents qu’elle appelle « soins culturellement congruents ».

En 1987, elle  lance l’idée de la certification, dans le monde entier, des infirmières préparées aux soins transculturels afin de protéger et respecter les besoins culturels et le mode de vie des personnes soignées.

En 1989, elle fonde le journal du soin transculturel  «  journal of transcultural nursing ». Ses collègues et ses étudiant(e)s l’ont  surnommée la Margaret Mead (éminente anthropologue) du domaine de la santé et la nouvelle Nightingale.

 

La théorie transculturelle de Leininger: une vue d’ensemble

Au cours de la Seconde guerre mondiale,  Madeleine Leininger réalise que les infirmières auraient besoin de connaissances transculturelles et pratiques, car le monde devenait multiculturel et les Etats-unis accueillaient de plus en plus d’ immigrant(e)s et de réfugié(e)s provenant de diverses cultures.

Les facteurs conduisant à la théorie

L’idée de cette théorie vient de ses observations et de ses interrogations à l’époque où Leininger exerçait comme infirmière clinicienne, auprès des enfants à domicile, dans une ville du Midwest.  Elle s’occupait d’enfants appartenant à différentes cultures.

Elle a remarqué que le comportement des enfants, leurs réponses, leurs besoins et  leurs attentes étaient différents d’une culture à l’autre et la réponse des parents l’était aussi. Comme tou(te)s les autres professionnel(le)s de santé elle n’était pas préparée et ne savait pas comment répondre à une telle différence culturelle.

Ses connaissances en psychiatrie et son expérience étaient inadéquates pour prendre soin des  enfants, il lui manquait les connaissances culturelles.

Elle décide alors de poursuivre un PHD en Anthropologie. Dans le programme d’anthropologie, elle découvre une mine de connaissances potentiellement intéressantes qui pourraient être utiles dans une perspective de soins infirmiers.

Au milieu des années cinquante elle déclare que le soin doit être l’élément central des soins infirmiers. De nombreuses professionnelles étaient en désaccord avec elle. Néanmoins, elle a continué à apprendre, à étudier et à écrire au sujet du soin comme l’essence des soins infirmiers, son attribut unique et dominant.

Son nouveau pas dans la théorie a été de conceptualiser des perspectives culturelles sélectionnées et des concepts infirmiers transculturels dérivés de l’anthropologie. Elle a développé des hypothèses de soins selon la culture afin d’établir une nouvelle base de connaissances dans le nouveau domaine de soins infirmiers transculturels.

Avant Leininger, il n’y avait aucune théorie explicitement axée sur la culture dans les milieux infirmiers et de soins, sans parler de la recherche visant à expliquer le sens des soins et des phénomènes en Sciences Infirmières.  

Les  principes théoriques majeurs

En développant la théorie de l’universalité et de la diversité  de la culture de soins, Leininger a identifié plusieurs principes:

Les points communs:

Ce principe pousse les infirmières à découvrir les connaissances culturelles et à les utiliser comme des données dans le but         d’assurer des soins thérapeutiques.

La vision du monde et les facteurs de structure sociale

Un autre principe majeur de la théorie: Les facteurs comme la religion (et la spiritualité), les considérations économiques et politiques, la parenté (les liens familiaux), l’éducation, la technologie, le langage, le contexte environnemental et l’histoire culturelle, influencent les soins de santé.

Ce point de vue global et multiforme a fourni un point de vue holistique pour la compréhension des personnes, la saisie de leur monde et de leur environnement dans un contexte historique

Les soins professionnels et  les soins traditionnels

Un autre principe majeur de la théorie est le suivant: les différences et les similitudes existent entre les pratiques de deux types de soins: professionnels et traditionnels. Ces différences influencent la santé et le bien-être de la personne soignée, les élucider  permet d’identifier les lacunes dans les soins mais aussi leurs bénéfices. Ces conclusions influenceraient la guérison, la santé et le bien-être des client(e) de différentes cultures.

Les différences marquées entre les visions et les actions du soin traditionnel et professionnel peuvent conduire à des conflits sérieux entre clients-infirmières, à des maladies possibles et à la mort. Elles devraient être identifiées et résolues.

 Les trois modalités

Leininger a identifié trois façons créatives pour atteindre et maintenir les soins culturellement congruents. Les trois modalités sont:

  1. la préservation du soin culturel
  2. la négociation ou l’accommodation du soin culturel
  3. le soin culturel restructuré

Ces trois modes sont différents de la pratique du soin traditionnel. Ils sont centrés sur les moyens d’utiliser des données de la théorie d’une manière créative afin de faciliter les soins congruents les adaptant aux besoins particuliers des personnes soignées.

les hypothèses de la théorie transculturelle de leiningerLes hypothèses théoriques: buts, objectifs et définition de la théorie

Hypothèses

  1.  le soin est essentiel pour le développement de l’homme et pour faire face à la mort
  2. le soin est essentiel pour la guérison
  3. les formes, les expressions, les modèles et les processus varient entre toutes les cultures du monde
  4. chaque culture a des soins traditionnels et des pratiques de soins professionnels
  5. les valeurs et les croyances des soins culturels sont  incorporés dans le religieux, la parenté, le social, la politique, le culturel, l’économique, les dimensions historiques de la structure sociale ainsi que dans le langage et le contexte environnemental
  6. les différences entre les attentes du récepteur des soins et le soignant/la soignante doivent être comprises afin de dispenser des soins bénéfiques, satisfaisants et congruents
  7. les modes de soins culturellement congruents, spécifiques ou universels, sont essentiels pour la santé et le bien-être des gens de toutes les cultures
  8. le soin infirmier est un soin transculturel

Définitions de l’orientation théorique

  1. la diversité des soins selon la culture : la variabilité ou les différences entre les significations, les habitudes, les valeurs, les  modes de vie ou les symboles du soin, au sein ou entre les cultures,  illustrent les expressions du soin, d’assistance ou de soutien
  2. l’universalité des soins selon la culture: les significations,  les soins identiques ou communs, les soins dominants,  les modèles, les valeurs,  les modes de vie ou les symboles se manifestent avec les cultures
  3.  prendre soin: se réfère généralement à des activités et à des actions  de soins
  4.  la culture: c’est le partage et la transmission des valeurs, des croyances, des normes et des modes de vie d’un groupe particulier qui guide leurs pensées, leurs décisions et leurs actions
  5. le soin culturel: subjectivement et objectivement appris, il transmet des valeurs, des croyances qui permettent à un groupe de maintenir le bien-être, la santé et d’améliorer la condition humaine
  6. le soin professionnel: officiellement enseigné, appris et transmis par le biais des connaissances et des compétences qui se trouvent dans les institutions professionnelles et qui sont considérés comme bénéfiques pour la personne réceptrice de soins.
  7. Le soin traditionnel: culturellement appris et transmis par le biais des connaissances traditionnelles véhiculées d’une génération à l’autre
  8. la santé: est un état de bien-être défini sur le plan culturel qui reflète la capacité des individus et des groupes à s’acquitter de leur rôle quotidien
  9. la préservation du soin culturel : les  actions professionnelles d’assistance  permettent à des personnes d’une culture particulière de maintenir ou de conserver les valeurs de soins compétents afin de préserver leur bien-être, récupérer d’une maladie ou faire face à un handicap
  10. l’accommodation ou la négociation du soin culturel: les actions professionnelles créatives d’aide et de soutien permettent  aux personnes d’une culture désignée de négocier avec les autres les effets bénéfiques des soins sur la santé, selon les valeurs de leur culture
  11. la restructuration de la culture du soin: les modèles sont restructurés et mutuellement établis entre les récepteurs/réceptrices et les dispensateurs/dispensatrices de soins
  12. l’ethnohistoire: Ce sont des faits, des événements, des expériences d’individus ou de groupes, des cultures, des institutions qui ont été principalement connus dans le passé  et qui ont permis de décrire, d’expliquer et d’interpréter les modes de vie humaine au sein d’une culture particulière et au fil du temps
  13. le contexte environnemental: la totalité d’un événement, d’une situation ou d’une expérience particulière donne du sens aux expressions humaines, à leur interprétation et à leur action sociale en particulier, physique, écologique, politique et culturelle
  14. la vision du monde : la façon dont les personnes perçoivent leur monde ou leur univers
  15. la parenté et les facteurs sociaux: Ce sont les liens entre les familles ainsi que les interactions sociales basées sur les croyances culturelles,  les valeurs et les  modes de vie
  16. la religion et les facteurs spirituels: les croyances naturelles et surnaturelles guident l’individu ou le groupe à travers des actions pour améliorer leur style de vie
  17. les facteurs politiques: l’ autorité et le pouvoir sur les autres réglemente et influe sur les actions, les décisions ou le comportement
  18. les facteurs technologiques: l’utilisation des objets mécaniques, électriques ou physiques au service de l’homme
  19. les facteurs éducatifs: les modes formels et informels de l’apprentissage
  20. les facteurs économiques: la production, la distribution et l’utilisation du matériel négociable ou biens consommables
  21. les facteurs environnementaux: la totalité des influences dans la zone géographique ou écologique
  22. les soins culturellement congruents: les modes de connaissance et d’actions de soins culturellement utilisées, avec les individus ou les groupes, de manière utile et significative pour améliorer la santé et le bien-être ou pour faire face à la maladie, à l’ invalidité ou le décès

Ces définitions sont appelées orientationnelles plutôt qu’opérationnelles afin de laisser, au chercheur/à la chercheuse, la possibilité de discerner des phénomènes jusqu’alors inconnus

 

Guide conceptuel

Leininger a développé  le modèle de l’activateur du lever du soleil « the sunrise enabler » pour fournir une image  conceptuelle globale et holistique des facteurs majeurs influençant l’universalité et la diversité du soin selon la culture. Le modèle peut-être un précieux guide visuel pour élucider les multiples facteurs qui influent sur les soins de l’homme. Le code d’activation sert de guide cognitif pour le chercheur/ la chercheuse qui réfléchit sur les différentes influences culturelles sur lesquelles est basé le soin.

L’infirmière peut commencer la recherche à tout endroit du code d’activation. Si elle commence par la partie supérieure de l’activateur, il faut réfléchir sur tous les aspects décrits pour obtenir des données sur les soins holistiques. Certaines infirmières commencent par le soin traditionnel et/ou le soin professionnel puis regardent comment la religion, l’économie et les autres facteurs affectent ces modes de soins.

Les infirmières transculturelles sont encadrées afin de prendre du recul par rapport à leurs préjugés et pouvoir entrer dans la vision du monde du client. Elles apprennent à travailler avec  des informateurs/informatrices pour mettre en place les actions appropriées, les décisions ou les plans de soins.

 

Conclusion

Actuellement, la théorie de l’universalité et de la diversité du soin selon la culture est étudiée dans différentes écoles d’infirmières aux Etats-Unis ainsi que dans d’autres pays, elle s’est développée pour différentes raisons:

  • c’est la seule théorie qui se concentre explicitement et en profondeur sur la découverte de la signification du soin au sein de la culture et entre des cultures spécifiques
  • elle est basée sur la méthode de recherche ethnonursing qui est une méthode qualitative différente de l’ethnographie
  • Elle a des dimensions aussi bien abstraites que concrètes

Cette théorie ainsi que de nombreux concepts transculturels, principes et résultats de la recherche, s’avèrent être indispensables.

 

SOURCE

  • « Nursing theories and Nursing practice » (2010), Marilyn E.Parker, Marlaine C.Smith
  • Site: Madeleine-Leininger.com

 

A  LIRE

  • « The theory of culture care diversity and universality » (1991), Madeleine Leininger
  • Sur ce blog vous trouverez des articles sur d’autres théoriciennes tel que Margaret Newman  

 

VIDEO

 

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