Pourquoi écrire un article sur le concept de spiritualité ? Pourquoi mener des recherches sur la spiritualité dans le cadre de la science infirmière ? Quel est son impact dans la pratique ?

 

Spiritualité et religion

Spiritualité et religion, ces concepts ont un temps été abandonnés par les infirmières. En effet, devant s’affranchir de leur lourd passé dans les ordres, elles laissèrent cette notion de spirituel de côté. Abandon qui fut entretenu par l’essor des sciences médicales et de la médecine moderne, plus axé sur le fonctionnement du corps, et sur la relation entre le corps et le psychisme.

Pourtant, en 1860, c’est Florence Nightingale elle-même qui parlait de l’importance de la spiritualité en ce sens qu’étant intrinsèque à l’humain, elle est une ressource essentielle qui comporte un potentiel de guérison.

Les influences modernes de la science infirmière, notamment Holistique, proposant une vision de l’humain indivisible corps-âme-esprit ont permis une réhabilitation de la spiritualité dans les soins infirmiers, même s’il est certain que ce concept n’a jamais été totalement banni de la pratique infirmière.

Jacinthe Pepin ( PhD) et Chantal Cara (PhD) soulignent l’importance de la distinction entre le spirituel et le religieux. La première notion étant plus distanciée avec le passé des infirmières, et permettant une prise en soin du patient plus universelle.

 

 

Les 4 grandes définitions de la spiritualité

1/ se présente  comme une interaction avec le monde et l’Autre sous la forme de Dieu.

2/ correspond à l’essence même de la personne, c’est une ressource essentielle pour le patient, afin de promouvoir sa guérison (Macrae et Watson).

3/recherche d’un sens profond à la vie et ses événements, à la recherche d’une “énergie créatrice” (Lemieux, McCarthy, Miller, Stoll).

4/ transcendance et dépassement de soi.

 

J. Pepin et  C. Cara ont choisi de partir des différentes définitions de la spiritualité, avant de diviser leurs réflexions en 3 parties :

–       la spiritualité dans la pratique professionnelle de l’infirmière

–       la spiritualité : écrits conceptuels et théoriques

–       la spiritualité : les écrits empiriques

 

La spiritualité dans la pratique professionnelle de l’infirmière

Concrète, puisque quotidienne, la spiritualité convoque une réflexion persistante, aussi bien pour l’infirmière, à titre personnelle puisqu’elle est confrontée à la maladie et à la mort que pour le patient. En effet, l’infirmière aide le patient par son propre vécu spirituel, le soutient dans sa recherche de sens par son expérience singulière.

 

La spiritualité dans les écrits conceptuels et théoriques

Si de fait, la religion, puis la spiritualité ont toujours existé dans le soin, ce n’est vraiment que dans les années 1960 que cette notion refait surface dans les écrits, d’abord avec Virginia Henderson, qui, à propos de la spiritualité, dira qu’elle est une “nécessité dans laquelle se trouve l’individu d’agir selon ses valeurs fondamentales qui donnent un sens à sa vie et entretiennent son espoir”.

Les deux auteures évoqueront ensuite les années 1970, avec les travaux de Madeleine Leininger, qui tenta de relier culture, soin et interaction du patient avec son milieu, et les travaux de Martha Rogers, plus axés sur une vision de la personne indivisible mais soumise à des champs d’influences “pandimentionnelles”, en constante interaction.

En 1979, Jean Watson réitérera l’importance de l’infirmière dans la recherche spirituelle du patient et dans la promotion de l’harmonie du corps et de l’esprit de ce dernier.

C’est dans les année 1990 que Leininger (1997) mettra en lumière la relation existant entre discordance spirituelle et souffrance somatique.

 

La spiritualité et les écrits empiriques

Les écrits produits par les professionnels sont en constante augmentation. Recherche de sens à sa pratique, volonté de combler un manque de ressources du soignant face au patient, les raisons sont multiples.

Il en ressort que l’un des effets bénéfiques de la spiritualité, c’est de donner du sens à sa maladie, comme le firent dans les années 1990 les patients atteints du SIDA en phase terminale. Donner du sens, c’est soulager la souffrance (Hall).

Les auteures explorent alors le rôle de l’IDE, qui pourrait de manière systématique explorer le terrain de la spiritualité chez le patient et son entourage. Jacinthe Pepin et Chantal Cara nous rappellent que des outils existent, comme l’analyse conceptuelle (Burkhardt, Dossey, Guzetta).

Des questions simples peuvent être posées pour appréhender la spiritualité du patient :

–       Qu’est-ce qui donne sens à votre vie ?

–       Quelles sont vos croyances ?

–       Est-ce que la confiance/foi joue un rôle pour retrouver la santé ?

L’IDE joue donc un rôle auprès du patient dans l’identification de ses besoins, et dans les relations interpersonnelles du patient avec lui-même, les autres, et l’Autre en tant qu’entité supérieure.

Les auteures incitent les IDE à rester dans une culture du caring, en incitant le patient à verbaliser autour de ses besoins et de sa problématique, et proposent à l’infirmière d’être un acteur facilitant le ressourcement et la pratique spirituelle du patient.

 

Avis du rédacteur

Au final, cet article est une excellente revue de la littérature sur un sujet qui en France est encore trop peu exploité.

On a tendance à encore trop confondre spiritualité et religion, en réduisant la première notion à la seconde.

Tout cela sans compter la méconnaissance d’une troisième notion, parfois pensée comme un frein à la spiritualité : la laïcité.

Il est pertinent de rappeler que la spiritualité, et à plus forte raison la détresse spirituelle est mise en avant dans le concept de “Total Pain”, si présent en oncologie et en service de soins palliatifs. L’intérêt est de définir en équipe ce qu’il est possible de faire autour de la spiritualité pour redécouvrir un outil de soins qui existe depuis la nuit des temps ; les premiers soignants ayant été des chamanes, ou des guérisseurs à la spiritualité fortement ancrée dans leurs pratiques.

Il ne s’agit pas de tomber dans la caricature, mais d’être présent, et de proposer de vraies réponses à une souffrance du patient.

Un article qui a le mérite de redéfinir le concept et de le positionner dans une pratique quotidienne.

 

SOURCE

La réappropriation de la dimension spirituelle en sciences infirmières, (2001), J.Pepin et C.Cara.

 

A CONSULTER

La théorie du Caring Humain de Jean Watson