Pourquoi n’y a-t-il pas de consensus sur la classification des conceptions infirmières au regard des visions paradigmatiques ?

 

Les concepts de personne, de soin,  de santé et d’environnement constituent le centre d’intérêt de la discipline infirmière.

C’est à partir de ce centre d’intérêt que l’on peut définir et faire la différence entre les paradigmes, les écoles de pensée, les conceptions infirmières ainsi que les théories intermédiaires.

Si cette proposition émane de la pensée des chercheuses en sciences infirmières d’expression française et majoritairement québécoise, les chercheuses anglophones adoptent une autre attitude.

Pour Alligood (2006), ces concepts sont des métaparadigmes c’est-à-dire à placer au-dessus des paradigmes et des écoles de pensée comme le montre le schéma suivant :

métaparadigmes——-paradigmes——–écoles de pensées correspondantes——-conceptions infirmières y afférentes——théories infirmières en découlant.

 

Conceptions infirmières et paradigme de transformation

Parker et Smith (2010) pensent qu’en plus du Caring, les théories de Martha Rogers, de Rosemarie Parse et de Margaret Newman doivent intégrer le paradigme de la transformation « There are three grand theories clustered in the Unitary-Transformative Paradigm. In this paradigm the human being and environment are conceptualized as irreductible fields, open with the environment».

Pour Fitzpatrick et Kazer (2012), dans ces paradigmes, l’on ressent le désir d’être avec le/la patient(e) pour l’aider à devenir ce qu’il veut devenir « There is a need for the healing interpersonal nature of the nurse-patient relationship as populations age and healthcare becomes more technology oriented».

Plus encore Parker et Smith (2010) rangent la théorie de Josephine Paterson et de Loretta Zderad dans la lignée des théories influencées par le Caring parce que dans cette théorie l’on perçoit le désir de l’infirmière d’aider le sujet à changer, à se réaliser : « Humanistic Nursing Theory is multidimensional. It speaks to the essences of nursing and embraces the dynamics of being, becoming, and change».

Nous pensons que même la théorie de Moyra Allen devrait être ramenée au rang des théories classées dans le paradigme de la transformation. Ceci parce qu’elle est sous-tendue par la théorie sociale cognitive de Bandura fondée sur la reconnaissance de l’influence sociale et des apprentissages sur le comportement des individus.

Ainsi les individus seront enclins ou non à adopter un comportement en fonction de la croyance qu’ils développent dans leur pouvoir d’agir et dans la capacité de cette action à produire des changements escomptés dans le domaine de la santé. Cela veut dire que si au cours de leur développement social et de leur apprentissage, les individus ont suffisamment développés la confiance à la capacité personnelle, ils pourront agir dans le sens du changement de comportement s’ils sont convaincus que celui-ci pourra leur apporter les bénéfices sanitaires escomptés.

Par exemple, dans le domaine du VIH/sida, un individu pourra accepter de porter un préservatif, s’il pense être capable de résister à tous les facteurs et événements qui pourraient l’inciter à avoir des relations sexuelles sans préservatifs et s’il croit que ce comportement est assez efficace pour le protéger contre l’infection à VIH. Les variables mesurées ici sont :

  • la perception d’une menace,
  • la capacité à faire face à la menace

En somme dans la théorie développée par Moyra Allen, l’on perçoit aussi l’idée de soutien, de cheminement, d’engagement de la structure sociale à amener le sujet à prendre une décision qui sera bénéfique pour lui. En d’autres termes dans les conceptions développées par Moyra Allen, l’infirmier fait avec la personne, ses proches et l’environnement physique pour rétablir la santé de la personne.

L’infirmier est aussi présent auprès de la personne et de ses proches pour les amener à rétablir, maintenir et améliorer la santé de celle-ci. Il aide aussi la personne à s’adapter à une incapacité fonctionnelle et ceci selon le « système à trois dimensions impliquant de manière indissociable, le client, sa famille et l’infirmière » (Birot, Dervaux et Pegon, 2005).

 

 

SOURCE

Nursing Theorists and Their Work (2006), Alligood, M.R.

Le modèle McGill. Recherche en soins infirmiers (2005), Birot, P., Dervaux, M.P. et Pegon, M

Encyclopedia of nursing research (2011), Fitzpatrick, J.J. (Ed.) & Kazer, M.W

Nursing Theories & Nursing Practice(2010), Parker, M.E. et Smith, M.S

 

A CONSULTER

Les paradigmes et la discipline infirmière Intégrer une conception infirmière dans la pratique