L’art-thérapie est assez connue et utilisée en psychiatrie, mais elle est peu connue et n’est pas assez utilisée dans les autres secteurs comme la gériatrie, les soins palliatifs, la cancérologie,…

 

Qu’est-ce que l’art-thérapie ?

L’art-thérapie est une forme de psychothérapie qui utilise la création artistique (dessin, peinture, collage, sculpture, etc.) pour prendre contact avec sa vie intérieure, l’exprimer et se transformer; sans se préoccuper de la qualité ou de l’apparence de l’oeuvre finale.

La démarche thérapeutique consiste à laisser progressivement surgir les images intérieures, qui peuvent être aussi bien le reflet d’expériences du passé que de rêves auxquels la personne aspire.

Ces images peuvent induire une vision et des comportements nouveaux qui contribueront à des guérisons physiques, émotives ou spirituelles.

Certaines écoles de pensée considèrent que l’art-thérapie peut dépasser le cadre de la psychothérapie avec des visées humanitaires et thérapeutiques plus larges.

Elle permettrait de venir en aide aux personnes malades, handicapées ayant, par exemple, des douleurs chroniques ou des problèmes moteurs.

 

Art-thérapie et soins infirmiers

Certaines infirmières ont choisi d’avancer, et c’est la voie de l’art thérapie qu’elles ont prises, soit en effectuant un diplôme universitaire, soit une formation complète d’art-thérapeute.

L’art-thérapie mérite de se développer en tant que soin infirmier spécialisé, pratiqué par des infirmières cliniciennes et praticiennes.

Pour bien comprendre l’art-thérapie, il est intéressant de se pencher sur deux études de cas développés par une infirmière suisse qui a effectué un cursus complet d’art-thérapeute (en quatre ans) et qui intervient, lors de son stage, auprès de personnes alzheimeriennes, vivant en institution.

Dans les deux études de cas que je vous présente, l’auteure utilise la peinture et le collage comme support de médiation. Dans son analyse, elle effectue une très pertinente jonction entre son ethos d’infirmière et  celui d’art-thérapeute.

 

Etude de cas 1

” Comme tous les mardis, Monsieur Roussel, assis à la salle du salon me voit passer dans le corridor et semble heureux de me revoir. Il se lève et vient à l’atelier. Il m’aide à porter les tables et observe l’installation, il s’assied à la même place que les autres fois. Il a de la peine à marcher, semble avoir mal aux jambes. Il a perdu quelques acquis, il peint avec moins d’assurance et sa main droite semble plus faible. Je l’observe et me demande s’il n’a pas fait un léger accident vasculaire. Les infirmières me le confirment plus tard.

Je lui prépare du bleu et du rouge. Il les utilise, se lève et part. Il revient quelques minutes plus tard, je lui prépare du jaune. Il interagit avec les deux autres personnes : l’une peint et l’autre regarde une revue avec moi pour en découper les images afin de les coller sur une feuille. Il peint en leur présence, leur parle, les regarde, se remet au travail. Il repart. Il revient 10 minutes plus tard avec une revue à la main. Il repart voyant que je suis occupée. Il revient 15 minutes plus tard alors que je fais de l’ordre afin d’accueillir les prochaines personnes.

Il s’assied devant sa peinture avec la revue à la main. Il l’ouvre et s’arrête sur une page. Je suis affairée aux rangements. Il me regarde. Je m’assieds auprès de lui et lui propose de regarder ensemble cette revue qui paraît lui plaire. Il feuillette le magazine en m’observant, mais revient sur une page en la caressant ; puis il tourne à nouveau les pages, revient de nouveau sur la même page en la caressant.

Je lui propose de la découper. Il est d’accord. Elle est d’une seule couleur avec une phrase vers la droite. Je la découpe sans la lire et la laisse de côté afin de continuer la recherche. Il n’a plus l’air de s’intéresser à cette activité. Je lui propose de coller la phrase découpée sur sa feuille, il la positionne au-dessus du dessin qu’il avait fait. Nous la lisons et je reste sans voix : « Je suis emprisonné dans ma conscience ! »

Je ne m’attendais absolument pas à ce que Monsieur Roussel partage ce message avec moi. Je me sens désarmée, je suis privée de mots. Nous nous regardons, je lui prends la main sans rien dire. Il contemple la feuille avec un air satisfait, il se lève tranquillement et part.

 

Etude de cas 2

“En quelques traits de peinture, Madame Elégance m’a peint une sorte de portrait telle qu’elle se voyait ; mais ce qui m’a frappée, c’est qu’elle emploie les termes que le personnel soignant a employés pour me la décrire. Comme si elle était victime de l’effet Pygmalion.

Il m’apparaît dès lors qu’elle préserve une certaine conscience du monde réelle et reste attentive aux discussions faites dans les corridors lors de ses errances. Souffre-t-elle de la stigmatisation ? Serait-il possible de lever la stigmatisation que la société porte sur les personnes DTA (démence de type Alzheimer) ? Est-elle en quête de ce qu’elle a perdu, c’est- à-dire sa mémoire ? Le « petit » qu’elle cherche, est-ce sa condition humaine ?

Dans sa déambulation, dans son errance, elle cherche la personne qu’elle a été. Si l’espace blanc symbolisait les blouses blanches, demande-t-elle aux soignants (à moi aussi) de prendre le temps de chercher, de trouver cette personne et de la reconnaître comme telle ?

La maladie d’Alzheimer masque la personne qui en souffre. Si le thérapeute enlève ce masque, il découvrira l’être humain qui se trouve derrière. Le résidant DTA est certainement perdu, mais il est retrouvable en prenant le temps et la peine de le chercher. Il s’agit de se laisser surprendre par le résidant et non pas projeter sur lui les stigmates de la maladie. Pour que le résidant DTA se découvre, le thérapeute se sert de son savoir-être afin de se laisser toucher, afin de créer une rencontre entre deux humains.”

Ces exemples nous montrent que la véritable création vers laquelle s’acheminent la thérapeute et le thérapisant n’est pas l’œuvre en tant que telle, mais l’âme de celui qui la réalise. L’œuvre est le reflet de la réalisation de soi.

 

Conclusion

Si l’art-thérapie vous interpelle, il serait judicieux de l’intégrer dans votre parcours de formation continue.

 

 

SOURCE

Pratique de l’art-thérapie avec des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, (2011), M. Torrent 

Image:  cours-dessin-paris.com

 

LIENS UTILES

Art-thérapeute en soins palliatifs La théorie de l’Humain en Devenir de Parse