Comment prendre soin de Debbie qui est atteinte d’un cancer selon la théorie de Jean Watson ?

 

Debbie, une jeune femme âgée de 29 ans, a été admise dans un service d’oncologie pour explorer une sensation de lourdeur pelvienne et un écoulement vaginal malodorant.

Le test de Papanicolaou révèle un cancer cervical classe 5, c’est un carcinome squameux du col stade 2.

Une hystérectomie radicale avec  une ablation bilatérale des ovaires et des trompes a été pratiquée.

Son histoire de santé montre que les examens de contrôle n’ont pas été pratiqués régulièrement ainsi que le test d’autopalpation des seins n’a jamais été effectué par la patiente.

Elle mesure 1m62 et pèse 40.3 kg, son poids normal est autour de 49.9 kg.

Elle fume approximativement 2 paquets de cigarettes / j depuis 16 ans.

Elle a eu deux grossesses et deux enfants.

Sa première grossesse a eu lieu à l’âge de 16 ans et la seconde à l’âge de 18 ans. A partir de la deuxième naissance, elle a commencé à prendre une contraception orale.

Debbie est arrivée dans sa scolarité au grade 8. Elle est mariée, elle vit avec son mari et ses deux enfants chez sa mère dont la maison manque de dispositions sanitaires adéquates.

Son mari est au chômage, elle le décrit comme étant émotionnellement distant et parfois abusif.

Elle se sent bien après l’opération sauf qu’elle continue à avoir des nausées, des douleurs postopératoires et est incapable de vider complètement sa vessie.

Elle va devoir réaliser des auto-sondages par intermittence dès son retour à domicile. Son traitement comprend un antibiotique, un analgésique et un antiémétique.

Elle doit poursuivre aussi des séances de radiothérapie à l’hôpital de jour.

Debbie a très peur, elle est très inquiète pour son avenir et pour l’avenir de ses enfants. Elle pense que son cancer est une punition due à sa vie antérieure.

 

L’occasion du prendre soin transpersonnel avec Debbie

Je connais peu de choses sur Debbie, selon le rapport médical c’est une jeune femme de 29 ans qui a un cancer cervical classe 5, stade 2.

Elle est à son 2ème jour post-opératoire suite à une hystérectomie radicale et devrait suivre aussi une radiothérapie.

Debbie est une grande fumeuse, elle se plaint de douleurs post-opératoires, de rétention urinaire, de nausées et de perte d’appétit.

Son support social  est limité,  elle a 2 enfants. Le rapport médical dit peu de choses sur son coping et son ressenti.

Je me suis sentie crispée quand différentes infirmières ont décrit son mari comme étant abusif et ses enfants comme étant très gentils et très jeunes pour perdre leur mère.

Mes premières pensées sont allées vers la tragédie de sa situation. J’ai demandé à mes collègues le type d’interaction qu’elles ont avec son mari; si Debbie lui permet de lui rendre visite, si la sécurité a été alertée et si les services sociaux ont été contactés.

Il n’y a aucune note à ce sujet dans le dossier et aucune information sur les visites du mari.

 

Caritas potentialise mon attention, mon écoute, mon réconfort. L’intégration de ces trois attributs dans la pratique quotidienne m’a beaucoup aidée dans ma pratique d’infirmière de pratiques avancées en oncologie afin de mieux répondre aux besoins physiques, psychosociaux et spirituels des patient(e)s.

J’ai utilisé chaque opportunité pour apporter un support authentique, intentionnel en m’appuyant sur les trois premiers  processus caritas.

–  L‘amour, la gentillesse, la sérénité dans un contexte du caring humain

– Être authentiquement présent avec sérénité afin de pouvoir comprendre le système de croyance et de subjectivité de la personne soignée

– Cultiver sa propre pratique spirituelle et transpersonnelle afin de dépasser l’ego personnel.

 

Je vais voir Debbie dans sa chambre, je la salue et je lave mes mains. J’utilise ce moment  de 30 secondes pour prendre consciemment une respiration profonde et pour être dans un moment de caring me rappelant que l’intention, les actions, les mots, les comportements, la cognition, le langage du corps, les sentiments, l‘intuition, les pensées et les sens sont présents simultanément.

Mon champ énergétique contribue pour la connection du caring transpersonnel et comme Watson suggère, je suis éveillée avec l’intention de créer un seuil profond d’interaction en étant le champ caritas.

Je tiens compte de mon émotion ainsi mon jugement n’est pas troublé quand je prends soin de Debbie. Je suis encourageante et je sais quoi lui offrir sans même la connaître. Je n’ai pas d’attente, je suis capable de recevoir chaque patient(e) / client(e) comme une personne unique. J’ai appris l’importance d’avoir des frontières flexibles afin d’éviter le burn-out.

C’est une infirmière professionnelle qui prend soin d’occasions plutôt que d’une relation personnelle de prendre soin. Je suis confiante, je sais  que les mots justes trouveront leur chemin vers elle pour l’apaiser.

Je pense être présente pour elle à différents niveaux tout en étant authentique  et en restant moi-même.

Comme je m’approche de son lit, j’entends des sanglots faibles et étouffés. Tranquillement, j’ouvre le rideau et je m’introduis dans son espace. Je fais l’effort de voir l’esprit de la personne et de développer la pensée du caring car je suis reliée à Debbie, sa peur et son stress sont évidents, visibles physiquement.

Sans voir son visage, j’ai senti immédiatement son angoisse et son désespoir. Elle est un peu plus jeune que moi, mais paraît plus vieille. Elle met ses mains sur sa bouche et porte un tissu sur ses lèvres. Je sens sa vulnérabilité même si elle essaie de se contrôler; une partie de moi souhaite simplement la toucher même si je ne la connais pas. Cette jeune femme fragile couchée en position foetale, le drap la couvrant jusqu’aux épaules.

Je touche gentiment sa main libre qui est humide, fraîche, couverte d’hématomes suite à une prise de sang. Elle n’a pas retiré sa main et elle m’a regardée; je  me sens au centre, équilibrée et ouverte. Tout en douceur, je lui demande si je peux l’aider, je cherche un mouchoir en papier et je le lui donne tout en la fixant du regard, elle semble être brièvement ailleurs. Elle s’excuse parce qu’elle pleure et espère  ne pas avoir dérangé les autres personnes qui sont dans la chambre.

Je trouve que son inquiétude crée une dysharmonie et bloque l’énergie qui doit interférer dans un processus naturel de guérison. Je lui signifie qu’il est temps qu’elle se concentre sur elle-même et sur sa guérison. Je souris gentiment lui expliquant que mes sentiments sont positifs et qu’elle peut me faire confiance. Aucun mot ne passe entre nous, elle se lève du lit et je lui tends une main pour qu’elle ne perde pas l’équilibre.

Je lui ai posé la question sur  le type et le seuil de la douleur en me référant à une échelle de  la douleur. Elle dit qu’elle sent une douleur aiguë, tranchante, elle l’évalue à 8/10. Elle ne sait pas très bien à quelle heure elle a pris son antalgique et elle n’a pas touché à son plateau-repas. Elle se sent fatiguée, elle ne se sent pas elle même, elle doit faire un effort pour ses enfants,” je suis tout ce qu’ils ont, peut-être je ne serai pas là encore longtemps”.

Il y a une différence entre comment elle se sentait avant et comment elle se sent maintenant. Son espoir est fortement ancré dans sa relation avec ses enfants. Elle a regardé le seul objet personnel qu’elle a dans sa chambre, un petit cadre photo avec  une photo d’elle, en santé, souriante, ses bras entourant les deux enfants.

Elle a touché cette photo qui représente un moment heureux, comme si elle touchait ses deux enfants, puis elle s’est allongée sur le lit en soupirant. Elle dit, je ne sais pas ce que mes enfants vont faire sans moi. J’ai senti de la peur et du chagrin dans sa voix, je me suis interrogée, qu’est-ce que je peux dire, qu’est-ce que je dois dire?

Je lui ai donné un peu d’espace et je suis restée silencieuse. Elle dit que peut-être c’est une punition pour ce qu’elle a fait dans le passé, mais les enfants ne doivent pas être punis eux aussi.

Son mari ne travaille pas actuellement et se sent perturbé par tout ce qui lui arrive. Il vit avec des amis momentanément, il cherche du travail et suit des cours de gestion de la colère ordonnés par le tribunal. Ces derniers temps, il a été correct avec elle et les enfants. Elle a le support de sa mère et de sa communauté religieuse, elle dit que sa foi vient d’être testée. Je lui  ai proposé de discuter avec une assistante sociale ou un prêtre avant de quitter l’hôpital.

J’ai découvert les aliments qu’elle aime, son goût favori et sa soupe préférée. Elle a accepté de voir une nutritionniste qui fait partie de notre équipe d’oncologie. Je me  suis excusée auprès d’elle, car je dois sortir pour lui chercher un traitement contre la douleur. Je lui ai demandé si ça ne la dérange pas de rester seule un court moment; elle se retourne, sourit et me donne son accord.

A l’extérieur, je regarde ma montre et je suis surprise seulement 10 minutes sont passées. Je suis arrivée à décortiquer son comportement à travers les mots et les gestes, à travers l’observation de l’expression du  visage.

Je me demande comment je peux l’aider, quelle est sa chance de guérison ? Quelle est l’harmonie dans tout cela ? Peut-être je peux l’aider à trouver des ressources personnelles pour guérir ainsi que des ressources pour sa famille.

Quand je suis revenue quelques minutes plus tard, elle était entrain d’appuyer légèrement sur son abdomen. Elle m’a remerciée pour le traitement et son sourire m’a fait penser qu’elle doit être connectée avec moi. Je lui ai expliqué qu’il y a des techniques qui peuvent l’aider à se relaxer et à potentialiser l’effet des narcotiques pour diminuer la douleur.

Nous avons vu comment utiliser la respiration et la visualisation pour diminuer la douleur. J’ai arrangé sa chambre, j’ai apporté de l’eau fraîche et avec sa permission j’ai enlevé les fleurs fanées.

Je lui ai demandé si elle a besoin de quelque chose et à ce moment- là j’ai pensé à un environnement de guérison en faisant attention aux facteurs environnementaux comme la lumière, le son, la qualité de l’air, l’espace, une  bonne nutrition, l’utilisation du toucher,  de l’imagerie,  de la musique, de l’humour ou de la méditation.

Je suis partie et je lui ai dit que je passerai demain, car je veux mieux connaître son histoire. Nous discuterons à propos de l’auto-sondage, de la cigarette, du suivi du traitement et des enfants.

Je suis contente, car je peux laisser une note explicative pour la nutritionniste et pour  le/la travailleur(se) social(e) qui a une expérience dans le suivi des personnes endeuillées, en souffrance.

J’ai respiré profondément et j’ai discuté brièvement avec une collègue avant d’aller voir un autre patient atteint d’un cancer.

 

Conclusion

Dans sa réflexion pour agir, l’infirmière reconnaît le besoin d’un engagement actif afin de favoriser la pensée critique. Elle est capable d’utiliser sa propre subjectivité et son histoire du soin comme une base pour sa relation avec Debbie.

Elle envisage d’établir  avec elle une relation de conscience à conscience, ouvrant le champ à de nouvelles possibilités de choix et à des capacités humaines avancées. Elle analyse comment leur relation a évolué et la garde en mémoire afin de l’utiliser pour d’autres moments de caring.

 

 

SOURCE

  • Nursing theory, utilization and application2013, Martha Raile Alligood

 

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