L’accompagnement interculturel en fin de vie requiert de la part des soignant(e)s des compétences en soins palliatifs et en soins transculturels. Qu’en est-il de la réalité du terrain ? 

Vous avez été nombreuses lors du sondage effectué auprès des lecteurs et lectrices du blog à exprimer votre intérêt pour des articles axés sur la réalité du terrain .

C’est dans ce cadre là que je vous présente une enquête, réalisée par  Badia Jabrane, cadre de santé titulaire d’un master 1 en sciences de l’éducation, lauréate du prix de recherche 2011 décerné par la FEHAP (Fédération des Etablissements Hospitaliers et d’Aide à la Personne).

Cette enquête a été effectuée au sein d’une unité d’oncologie composée de 24 lits et  habilitée à délivrer des soins aigus comme la chimiothérapie mais accueille aussi des personnes en fin de vie. Cette unité est localisée au sein d’un CHU (centre hospitalier universitaire) situé en Seine Saint Denis, département français connu pour sa mixité culturelle.

Le  but de ce travail comme le souligne l’auteure est  “de mettre en perspective une humanisation des soins et du bien mourir, c’est-à-dire prendre en charge le / la patient(e) dans sa globalité dès l’annonce de sa maladie et ce, dans un contexte de précarité socio-économique et interculturelle. Car en fin de vie le patient étranger, attaché à ses croyances et à ses coutumes souhaite une prise en charge qui, en plus de lui garantir une bonne technicité médicale, tiendrait compte tant des  aspects culturels et sociaux sans que ces critères le stigmatisent“.

C’est dans cette perspective que l’auteure a  étudié la relation médecin- malade à différentes phases de la maladie jusqu’à l’annonce de l’incurabilité.

Elle a constaté que la relation entre le médecin et le / la patient(e) est asymétrique. Le médecin  use d’un rôle utilitariste pour aborder le / la patient(e), son langage est savant, voire mensonger pour éviter d’expliquer la maladie.

De même les difficultés de l’annonce sont liés au fait que le médecin ne tient pas compte de la situation personnelle du patient /de la patiente, de sa trajectoire vis-à-vis de la maladie et de son parcours d’immigré dans le pays d’accueil .

Elle s’est intéressée  aussi aux pratiques soignantes autour du patient, comment les soignant(e)s appréhendent le / la patient(e) étranger(e) en fin de vie ?

Les membres de l’équipe soignante sont  issus de diverses cultures et sont ouverts à l’interculturalité.

La majorité d’entre eux n’ont pas reçu de formation en soins palliatifs, ni en soins transculturels et rencontrent des difficultés majeures pour faire face à la précarité des patient(e)s. Ils s’appuient sur la débrouille et le bricolage pour accompagner.

Ils sont aidés par plusieurs personnes ressources qui interviennent ponctuellement comme l’infirmière d’annonce, des représentant(e)s de l’aumônerie et la médiatrice en santé publique sollicitée pour tout problème social à désamorcer rapidement.

Cette étude souligne le manque de formation des soignant(e)s et son impact pour le / la patient(e).

Elle peut être utile pour les infirmières référentes qui désirent développer l’accompagnement en fin de vie ainsi que pour les étudiant(e)s en licence et en D.U.(diplôme universitaire).

 

SOURCE

  • Soigner quand il n’y a plus rien à faire (2012), Badia Jabrane.

 

LIENS UTILES

 

A LIRE

La théorie de Madeleine Leininger