Six écoles de pensée ont largement contribué au développement des sciences infirmières: l’école des besoins, de l’interaction, des effets souhaités, de l’apprentissage de la santé, des patterns et du caring.

 

L’école des besoins

Pour les théoriciennes de cette école, le soin est centré sur l’indépendance de la personne relativement à la satisfaction de ses besoins fondamentaux (Henderson) ou sur sa capacité d’exercer ses autosoins (Orem).

L’infirmière remplace la personne qui, pour un temps, ne peut accomplir elle-même certaines activités liées à sa santé, et l’aide à retrouver rapidement son indépendance en satisfaisant ses besoins ou en l’aidant à exercer ses autosoins (self care).

Cette école a été influencée par la théorie de la motivation de Maslow et la théorie de développement en stade d’Erikson.

Les principales théoriciennes sont Virginia Henderson, Faye Abdellah et Dorothea Orem.

Virginia Henderson 

Pour Henderson la personne est représentée comme un tout complexe ayant 14 besoins fondamentaux, chacun d’ordre biophysiologique et d’ordre psychosocioculturel.

Selon cette conception, les soins infirmiers concernent l’aide apportée aux personnes, malades ou en santé, dans l’exécution des activités liées à la satisfaction des besoins fondamentaux (1955).

Les besoins communs à toute personne, malade ou en santé sont les suivants: boire et manger adéquatement; éliminer; se mouvoir et se mettre dans une position convenable; dormir et se reposer; se vêtir selon la saison; maintenir une température corporelle normale; être bien propre et bien mis; éviter les dangers de l’environnement; communiquer avec ses semblables; pratiquer sa religion ou  agir selon ses croyances; s’occuper d’une façon à se sentir utile; participer à des activités récréatives; apprendre, découvrir et satisfaire sa curiosité.

Dorothea E. Orem
Orem a élaboré sa conception de la discipline infirmière autour du concept d’autosoin (1959), une action délibérée de prendre soin de soi ou d’une personne dépendante et de l’action de l’infirmière à combler tout déficit d’autosoin.
Selon cette théorie la personne est un tout unique qui fonctionne biologiquement, symboliquement et socialement. Il existe trois types d’auto-soins: les autosoins universels, les autosoins associés au processus de croissance et de développement humain et les autosoins liés aux déviations de la santé.

 

L’école de l’interaction
Selon l’école de l’interaction, le soin est un processus interactif entre une personne ayant besoin d’aide et une autre capable de lui offrir cette aide. Afin d’être en mesure d’aider, l’infirmière doit clarifier ses propres valeurs, s’impliquer de façon thérapeutique et s’engager dans le soin.
Le soin est donc une action humanitaire et non mécanique. La maladie est considérée comme une expérience humaine qui peut permettre la croissance si la personne en comprend la signification.
Les principales théoriciennes de cette école sont Peplau, Orlando, Travelbee, Wiendenbach, King, Paterson et Zderad. Ces théoriciennes ont réintroduit l’intuition et la subjectivité dans le soin infirmier.

Hildegard E.Peplau
Peplau a collaboré activement au changement de perspective de la discipline infirmière en reconnaissant la science infirmière comme une science humaine. Elle a introduit le concept de pratique avancée et elle est considérée comme la pionnière des soins infirmiers psychiatriques.
Elle décrit les soins infirmiers comme étant un processus interpersonnel thérapeutique (1952). Il s’agit pour elle d’une relation entre une personne malade ou une personne ayant besoin d’aide et une infirmière formée à reconnaître ce besoin et à y répondre.

Josephine Paterson, et Loretta Zderad
La conception humaniste du nursing (1971) est issue de l’intérêt de Paterson et Zderad à proposer une approche développée à partir de leur expériences de soignantes et de celles des étudiant(e)s des cycles supérieurs.
Pour les auteures les infirmières doivent vivre leur soin comme une expérience existentielle avec la personne soignée, dans un dialogue authentique.
Le soin est considéré comme un renforcement du bien-être et du plus-être par un processus d’échange de subjectivités qui vise le déploiement du potentiel des participant(e)s.

Le soin, c’est “être avec”, “faire avec” et devenir “avec”.

 

L’école des effets souhaités
L’école des effets souhaités perçoit la personne, la famille ou la communauté comme étant un système en quête d’adaptation ou d’équilibre.
Les soins infirmiers ont pour objectifs l’atteinte d’un certain équilibre, d’une certaine stabilité, d’une homéostasie, ou à préserver l’énergie. Elles se sont inspirées des théories de l’adaptation et du développement, ainsi que de la théorie générale des systèmes.
les théoriciennes de l’école des effets souhaités sont Johnson, Hall, Levine, Roy, Neuman.

Callista Roy
L’adaptation (1971) est l’un des modèles conceptuels les plus élaborés.
Selon Roy, le but des soins infirmiers est de promouvoir l’adaptation de la personne ou du groupe selon quatre modes d’adaptation, soit le mode “physiologique” ou “physique”, le mode “concept de soi” ou ” concept de groupe”, le mode ” fonction selon les rôles” et le” mode interdépendance”, afin de contribuer à la santé, à la qualité de vie ou à la mort dans la dignité.

 

L’école de l’apprentissage de la santé
L’école de l’apprentissage de la santé est centrée sur l’adoption de comportements menant à l’amélioration de la santé de la personne, de la famille, du groupe ou de la communauté.
Les principales théoriciennes de cette école sont Allen, Clark, Pender, Murdaugh et Parsons.

Moyra Allen
Allen s’est inspirée  de l’approche systémique et de la philosophie des soins de santé primaires pour élaborer sa conception des soins infirmiers. Elle postule que la santé d’une nation est sa ressource la plus précieuse. Les individus, les familles et les communautés aspirent à une meilleure santé et possèdent la motivation nécessaire pour l’atteindre.
Selon le modèle McGill, le but premier des soins infirmiers est la promotion de la santé, c’est-à-dire le maintien, le renforcement et le développement de la santé de la famille et de ses membres par l’apprentissage des comportements de santé (1963) et l’activation des processus menant au développement d’un potentiel de santé.

 

L’école des patterns
C’est grâce aux théoriciennes de l’école des patterns que l’holisme prend tout son sens en sciences infirmières. Cependant en raison de la mauvaise utilisation de ce concept, Martha Rogers a choisi l’expression “être humain unitaire”. Pour comprendre l’humain selon cette perspective unitaire, elle propose de prêter attention aux patterns uniques qui le caractérisent.
Rogers convie les infirmières à développer la science de l’être humain unitaire. D’autres théoriciennes se sont jointes à cette école notamment Newman et Parse.

Martha Rogers
Elle a puisé dans les connaissances provenant de nombreuses disciplines, dont la psychologie, la sociologie, l’astronomie, la philosophie, l’histoire, la biologie et la physique, pour proposer sa vision de l’être humain unitaire (1970)
Selon Rogers la santé et la maladie sont des expressions du processus de la vie et ne sont ni opposées, ni divisées. Le but poursuivi par l’infirmière est de promouvoir la santé et le bien-être de toute personne, quel que soit le contexte dans lequel cette dernière vit.

Rosemarie Parse
Inspirée par la conception de Rogers, Parse a présenté une théorie “l’homme-vivant-la-santé” (man-living-health), qu’elle a renommée théorie de ” l’humain en devenir ” (1981, human becoming) puis “l’humainendevenir” (humanbecoming) en un seul mot.
Pour Parse les soins infirmiers sont centrés sur l’être humain- unité vivante- et sur la participation qualitative de ce dernier aux expériences de santé.

Le rôle de l’infirmière est d’être en présence vraie (en écoute intentionnelle) avec les personnes afin de les aider à améliorer leur qualité de vie.

 

L’école du Caring
Les théoriciennes de l’école du Caring croient que les infirmières peuvent améliorer la qualité des soins si elles reconnaissent le potentiel de soin de tout être humain et si elles intègrent des connaissances liées à des dimensions telles que la spiritualité (Watson) et la culture (Leininger).
Le caring signifie faciliter et soutenir la personne en respectant ses valeurs, ses croyances, son mode de vie et sa culture.
Les théoriciennes qui ont le plus marqué cette école sont Watson, Leininger, Boykin et Shoenhofer.

Jean Watson
L’orientation de Watson est existentielle, phénoménologique et spirituelle. Les soins infirmiers consistent en un échange de subjectivité entre deux êtres humains dont un doit s’engager dans le caring en tant qu’idéal moral et doit posséder de solides connaissances.
Selon Watson, Le soin humain (Human Caring, 1979) commence quand l’infirmière entre dans le champ phénoménal (la réalité d’une personne), perçoit et ressent le vécu de l’autre, et y réagit de manière à lui permettre de laisser aller des sentiments ou des pensées qu’il rêvait de laisser aller, cette expérience facilite l’harmonie.

Madeleine Leininger
Leininger s’est inspirée des connaissances en anthropologie et en sciences infirmières. Elle a présenté le concept du caring comme essentiel à sa conception de la discipline infirmière.
Pour Leininger les soins infirmiers sont basés sur des connaissances transculturelles apprises par l’examen de la structure sociale, la vision du monde, les valeurs, la langue et les contextes environnementaux de différents groupes culturels. En planifiant et en prodiguant des soins transculturels (1978), l’infirmière respecte les différences, de même que les similarités culturelles.

 

CONCLUSION
Ces théoriciennes infirmières ont participé activement au développement des sciences infirmières à partir de 1950. La pionnière, reste Florence Nightingale, qui dès 1859, va présenter une conception de la discipline infirmière: le nursing… plaçant le patient dans les meilleurs conditions pour que la nature agisse sur lui.
Les travaux de Nightingale sont toujours d’actualité et continuent à guider les infirmières depuis plusieurs générations.

 

 

SOURCE

La pensée infirmière (2010), J. Pepin, S.Kérouac, F. Ducharme.

 

LIENS UTILES

La théorie de Leininger La théorie de Rogers