Le philosophe des sciences et physicien kuhn (1970) a introduit la notion de “paradigmes” pour désigner les grands courants de pensée, ou les façons de voir et de comprendre le monde.

Selon Kuhn (1970), le progrès d’une discipline est marqué par des changements de paradigmes: des révolutions scientifiques ont lieu quand un paradigme est remis en question, c’est-à-dire une façon de penser ne permet plus à la communauté scientifique d’apporter une explication valable à des faits nouveaux.

Dans le domaine des sciences infirmières, des auteur(e)s ont proposé une définition ainsi qu’une terminologie spécifique pour désigner les paradigmes qui ont influencé le développement non seulement de savoirs, mais aussi de pratiques.

Les paradigmes sont définis comme étant les postulats philosophiques à la base des activités de l’infirmière; par exemple, la conception que l’infirmière a de la personne peut influencer ses approches de soins. Pour illustrer un changement de paradigme, la conception de la personne comme un tout composé de la somme de ses parties (être biophysiologique et psychosocial) a été opposée à la conception de la personne comme un tout indivisible.

Parse (1997) a décrit ces deux conceptions comme étant les paradigmes de la totalité et de la simultanéité (ces paradigmes seront développés dans un autre article).

De leur côté, Newman, Sime et Corcoran-Perry (1991) ont identifié trois paradigmes successifs qui ont influencé le développement et l’utilisation de savoirs en sciences infirmières. Il s’agit des paradigmes:

  • de la catégorisation (particulate deterministic), qui est à l’origine de l’approche scientifique traditionnelle;
  • de l’intégration (interactive-integrative), qui a conduit à l’évaluation multidimensionnelle et interactionnelle;
  • de la transformation (unitary-tranformative), ou perspective unitaire.

 

Le paradigme de la catégorisation

Selon le paradigme de la catégorisation, les phénomènes sont divisibles en catégories, classes ou groupes définis et sont considérés comme étant des éléments isolables ou des manifestations simplifiables.

Appliqué au domaine de la santé, ce paradigme oriente la pensée vers la recherche d’un facteur causal responsable de la maladie. Par exemple, l’isolement différencié des bactéries a permis de classifier et d’associer ces bactéries à des signes et à des symptômes précis de maladie chez l’être humain. Dans le cadre de ce paradigme, les infirmières ont principalement tiré leurs savoirs d’autres disciplines. C’est la période dite “réceptive” (Newman et co. 2008)

 

Le paradigme de l’intégration

Selon le paradigme de l’intégration, on reconnaît les multiples éléments et les manifestations d’un phénomène ainsi que le contexte spécifique dans lequel un phénomène se produit.

Par exemple, divers facteurs biophysiologiques et le contexte dans lequel se trouve une personne au moment de l’apparition d’une infection influenceront sa réaction à l’agent infectieux et sa réponse au traitement.

Dans le cadre de ce paradigme, les infirmières se sont appliquées principalement à définir les savoirs spécifiques de leur discipline, reconnaissant que la personne est un être biopsychosocial, culturel et spirituel en interaction avec son environnement. C’est la période dite “générative” (Newman et co., 2008) qui est en cours encore aujourd’hui.

 

Le paradigme de la transformation

Selon le paradigme de la transformation, un phénomène est unique en ce sens qu’il ne peut pas ressembler tout à fait à un autre. Chaque phénomène peut être défini par une structure, un pattern unique; c’est une unité globale en interaction réciproque et simultanée avec une unité globale plus large, c’est-à-dire le monde qui l’entoure.

Un  praticien du paradigme de la transformation, ou de la perspective unitaire, considère le tout ( par exemple, la santé ) comme étant le point de départ de la compréhension d’un phénomène pour en reconnaître le pattern (les manifestations). Il s’intéresse à l’expérience de la personne, de la famille, de la communauté ou de la population comme étant le point de départ de son action fondée sur une réflexion critique dans un processus réciproque. Par exemple, la personne sera engagée dans le suivi du traitement de son infection en tenant compte de ses croyances, de ses valeurs et de ses connaissances.

Dans le cadre de ce paradigme, les savoirs infirmiers influencent significativement non seulement la pratique des infirmières, mais aussi celle des autres professionnels; c’est la période dite transformative (Newman et co. 2008) qui se développe actuellement.

Ces paradigmes ont contribué au développement de la discipline infirmière.

 

SOURCE

  • La pensée infirmière (2010), Jacinthe Pepin, Suzanne Kérouac, Francine Ducharme

 

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