La France est très en retard au niveau des Sciences Infirmières. Elle est encore à l’ère des soins infirmiers et a du mal à passer le cap du soin à la science.

Ce retard est lié à la vision française du soin, axée sur la pratique. De nombreuses cadres supérieures et cadres, qui sont encore en fonction, n’ont pas le baccalauréat et ont effectué deux ans de formation pour obtenir le diplôme d’infirmière.

Elles ont évolué sous la tutelle des médecins, elles ont appris à être des subordonnées obéissantes. Elles ont une aversion pour tout ce qui est abstrait.

Elles ont transmis leur peur de la recherche à la nouvelle génération qui, même avec un bac +3, garde le même ethos que ses aînées. C’est-à-dire, la culture du pratico-pratique, la culture technicienne qui esquive toute autonomie, abstraction, réflexion et  théorisation.  A croire que les infirmières françaises ont un gène qui les empêche de devenir des chercheuses !

Il a fallu attendre 2009 pour voir émerger, grâce à l’Europe, la première promotion de licence (l’équivalent du bachelor in Nursing).

 

La question qui se pose alors, quel avenir pour les masters  en France ?

Depuis  une trentaine d’années les masters infirmiers ont tenté d’exister, de multiples formations universitaires sont apparues, mais ont rapidement disparu. Il n’y a qu’une seule formation reconnue  pour les infirmières, c’est l’école des cadres. Cette formation de neuf mois mène à la gestion d’une unité de soins ( encore  attachée à l’école d’infirmière, cette formation n’est pas encore reconnue comme master 1 par l’université). Il est possible  aussi d’effectuer une spécialisation en anesthésie.

L’absence de multiples alternatives d’évolution de carrière a affecté de nombreuses infirmières et de nombreux infirmiers. Certain(e)s ont abandonné la profession, d’autres ont cherché de nouveaux horizons (sciences politiques, philosophie, sciences sociales, administration, histoire de l’art…).

L’absence de passerelles entre ces différentes disciplines et la discipline infirmière a été préjudiciable pour la profession qui, en se cloisonnant, a effectué le choix de la régression. Au lieu de pousser les soignant(e)s vers le haut en intégrant différentes voies et sensibilités,  elle les a poussé(e)s vers le bas, le très bas et encore plus bas…

 

Aujourd’hui, nous faisons face a une profession en crise ! alors que faire ?

Un groupe d’infirmièr(e)s et d’aides- soignant(e)s  se sont rencontré(e)s sur les réseaux sociaux et ont  formé le mouvement ni bonnes ni nonnes ni pigeonnes en octobre 2012. Ce mouvement traite les problématiques de fond que rencontre la profession comme: le mal- être des soignant(e)s, la violence institutionnelle, les bas salaires,  les conditions de travail, la pénibilité du métier, l’exercice libéral, la dépendance, la retraite et la réforme LMD (licence, maîtrise, doctorat).

J’ai eu un entretien avec  Mme Christina Pili, secrétaire du mouvement NB3NP, au sujet du LMD. Titulaire d’un master en ingénierie du système de santé, Mme Pili poursuit à l’université de Gêne, en Italie, un doctorat en méthodologie de la recherche en Sciences Clinique Infirmières.

Le 9 juillet 2013 , les NP3NB et la coordination nationale infirmière CNI ont eu une audience au ministère de la Santé, l’occasion pour elles d’exprimer les attentes des soignantes qui sont les suivantes:

1.établir des passerelles ou faciliter les réorientations (notamment vers les autres filières de la santé),

2. harmoniser les droits des étudiants dans les instituts sur ceux des Universités
(capitalisation, redoublement, aides sociales du CROUS…),

3. reconnaître les compétences et le niveau de responsabilités,

4. développer la recherche infirmière pour améliorer la formation, optimiser la
qualité des soins et créer les Masters et Doctorat en Sciences Infirmières. La création des masters pour toutes les pratiques avancées: infirmières  spécialisées en gérontologie, psychiatrie, santé publique, éducation thérapeutique, infirmières cliniciennes, infirmières de familles…

5.obtenir les moyens d’un encadrement de qualité.

 

NB3NP porte-drapeau de la recherche en Sciences Infirmières ?

Oui, le mouvement NB3NP est actuellement le porte-drapeau de la recherche en Sciences Infirmières, c’est la voix des masters et des futures docteur(e)s.  Ce mouvement jeune, spontané, pose les bonnes questions et ne pratique pas la langue de bois comme c’est le cas des syndicats qui  luttent plus pour leurs intérêts personnels et  refusent d’aider les masters arguant que c’est une communauté de privilégié(e)s, non représentative de la profession infirmière.

C’est avec NB3NP que rechercheensoinsinfirmiers.com termine l’année 2013 et commence l’année 2014 espérant que cette année soit l’année de développement et de la reconnaissance de tous les masters qui se trouvent dans une situation ubuesque; reconnus au niveau universitaire donc Européen (pour ceux qui existent ou qui ont existé) mais non reconnus par la profession au niveau statutaire et salarial.

Quelques débouchés sont possibles pour les masters en management et une reconnaissance est en cours pour les infirmières cliniciennes.

 

 Conclusion

Le premier trimestre 2014, rechercheensoinsinfirmiers.com  vous présentera les différents masters de pratiques  avancées afin de pallier le manque d’information  et permettre  aux infirmièr(es) d’être des acteurs et actrices de leur avenir.

Choisissez le master que vous  voulez avoir! Ce n’est pas aux professeur(e)s, aux technocrates ou aux cadres supérieurs, qui ont fait régner le statu quo, de décider à votre place.

RecherchercheEnSoinsInfirmiers.com, c’est le choix de l’avenir !