La théorie de la santé comme une expansion de la conscience “the theory of health as expanding consciousness” (HEC) est une théorie en sciences infirmières développée par Margaret Newman. Elle fait partie des grandes théories basées sur le paradigme unitaire-transformation.

 

Margaret Newman: PRESENTATION

Enfant, elle grandit à Memphis. Son père, lecteur assidu des ouvrages philosophiques, lui disait souvent ” Mind over matter”. Elle a appris très tôt, que la façon avec laquelle elle appréhende une situation va lui permettre de l’affronter.

Après un baccalauréat (licence) en Economie domestique à la Baylor université, Newman retourne à Memphis pour travailler et prendre soin de sa mère atteinte de la sclérose latérale amyotrophique (SLA), une maladie neurologique dégénérative qui diminue progressivement le mouvement de tous les muscles sauf ceux des yeux.

Le fait de prendre soin de sa mère pendant 5 ans l’a transformée. Ne sachant pas la trajectoire de la maladie, elle a  appris à vivre du jour au jour, pleinement immergée dans le présent. Elle a appris que chaque jour est précieux et que  le temps de la  vie est contenu dans le présent.

Prendre de soin de sa mère lui a permis de constater que bien que la vie de sa mère a été limitée par la maladie, sa vie n’était pas définie  par cette dernière. En d’autres termes, elle peut connaitre la santé et la plénitude tout en ayant une maladie chronique et progressive.

Le second constat de l’époque, le mouvement et l’espace sont étroitement liés avec la santé qui peut se manifester par une connectivité accrue et par la qualité des relations.

Les restrictions du mouvement, que la mère de Newman a connu en raison de l’ALS, ont altéré son expérience du temps et de l’espace. Margaret va sentir des altérations semblables dans son propre mouvement, espace, temps et conscience.

Auparavant, Margaret et sa mère étaient très actives , elles dirigeaient et faisaient partie de différents groupes sociaux. Au milieu du processus terminal de la maladie, la mère et la fille se sont senties plus intensément connectées.

Cette expérience de la maladie de sa mère constitue le socle de la théorie de Newman qui en 1959 va entrer à l’école des sciences infirmières à l’université de Tenessee.

A  l’école d’infirmière une de ses professeures Marie Buckley  souligne l’importance des études supérieures pour les infirmières et encourage les étudiant(e)s en soins infirmiers  à envisager la construction d’une pratique de soins indépendante. Il s’agissait d’une idée qui intriguait Newman et qu’elle a continué à promouvoir de différentes manières tout au long de sa carrière.

En 1961, elle va être influencée par les travaux de  Dorothy Johnson qui différencie les connaissances médicales des connaissances infirmières.

Une fois le bachelor (la licence)  obtenu, elle enseigne la clinique et poursuit un master en soins médicaux-chirurgicaux.

En 1964 elle devient directrice du centre de recherche clinique pendant deux ans et demi. Par la suite, elle choisit de poursuivre un doctorat à l’université de New York pour travailler avec Martha Rogers.

Ses recherches vont porter sur le mouvement, le temps et l’espace comme paramètres de santé.

En 1971, elle obtient un PhD. Elle travaille et enseigne aux côtés  de l’infirmière théoricienne Martha Rogers.

En 1977, elle devient professeure en charge d’études supérieures en sciences infirmières à l’université de Pennsylvanie.

En 1984, elle occupe le poste d’Infirmière théoricienne à l’Université du Minnesota.

 

La théorie de la santé comme une expansion de la conscience: VUE D’ENSEMBLE

Pour construire sa théorie, Newman a puisé principalement dans les œuvres de Martha Rogers et d’Itzhak Benthov tout en s’appuyant sur sa propre expérience.

Plusieurs hypothèses de Martha Rogers sont devenues centrales enrichissant la perspective théorique de Margaret Newman.

Tout d’abord Rogers a appréhendé la santé et la maladie comme un processus unitaire et non pas comme deux réalités distinctes. La santé n’est pas le contraire de la maladie mais elle est plutôt la manifestation d’un tout plus grand. On peut être très sain tout en ayant une maladie en phase terminale.

Le second argument de Rogers est de faire valoir que toute la réalité est un ensemble unitaire et que chaque humain présente un motif unique. La personne, la famille et l’environnement ne sont pas des entités séparées mais plutôt un tout inter- relié, unitaire.

Newman s’appuie aussi sur les travaux de  Benthov  qui conçoit la vie comme un processus d’expansion de la conscience, qu’il définit comme la capacité d’information du système et la qualité de l’interaction avec l’environnement.

 

Les hypothèses 

  • la santé englobe les conditions connues comme la maladie ou la pathologie;
  • la maladie/pathologie peut être considérée comme une manifestation  de la tendance sous-jacente de la personne;
  • le profil de la personne qui se manifeste comme malade était présent avant les modifications structurales et fonctionnelles de la maladie;
  • l’élimination de la maladie/pathologie ne changera pas le modèle de l’individu;
  • la santé est l’expansion de la conscience.

Pour Newman, le rôle de l’infirmière est d’aider les gens à reconnaître le pouvoir qui est en eux et à passer à des niveaux plus élevés de la conscience.

 

Le paradigme unitaire-transformation

Newman trouve nécessaire d’articuler son travail autour d’un nouveau paradigme de la profession infirmière qui est le paradigme unitaire-transformation.

Il est temps selon elle de rompre avec un paradigme de la santé qui met l’accent sur la puissance, la manipulation et le contrôle et passer à une conscience réfléchissante et compatissante.

Ce paradigme révèle un monde qui est en mouvement, en évolution et en transformation.

Une infirmière pratiquant selon ce paradigme ne pense pas que l’esprit, le corps et l’émotion sont des entités séparées. Elle les considère comme des manifestations d’un tout invisible.

 

 

LES CONCEPTS

Les concepts importants, pour la pratique fondée sur la théorie de la santé comme une expansion de la conscience, sont:

L’élargissement de la conscience

La conscience au sein de cette théorie n’est pas limitée à la pensée cognitive. Elle est définie comme l’information du système, sa capacité à interagir avec l’environnement.

Dans le système humain la capacité informationnelle n’inclut pas seulement toutes les choses que nous associons normalement à la conscience, telle que la pensée et le sentiment, mais aussi toutes les informations incorporées dans le système nerveux, le système immunitaire, le code génétique, l’histoire personnelle et ainsi de suite.

Le processus d’expansion de la  conscience est défini par Newman comme un processus de soi-même, le fait de trouver une plus grande signification dans la vie et d’atteindre de nouveaux sommets de connectivité avec les autres et le monde.

Les infirmières et leurs patient(e)s savent qu’il y a une expansion de la conscience, lorsqu’il y a une qualité plus riche, plus de sens donné à leurs relations qui sont plus ouvertes, affectueuses, bienveillantes, connectées et pacifiques. Les personnes sont plus aptes à faire l’expérience de la conscience en expansion quand elles ne sont pas enchaînées à un temps linéaire.

Le temps et la présence:

Newman affirme que le temps tel qu’il est géré par les institutions  médicales est en contradiction avec le rythme naturel de la relation infirmière-patient(e). Il répond plus  aux besoins des administrations du système plus que celles des patient(e)s et perturbe la pratique des soins infirmiers.

Elle a souligné que la discipline de la profession infirmière a suivi la trajectoire de l’adhésion au temps linéaire artificiel; les infirmières doivent quitter le sens occidental de la notion du ” temps” pour être plus présentes pour le/la patient(e).

Pour Newman la présence est renforcée par l’ouverture et la sensibilité à l’autre de l’infirmière. Lorsque les infirmières sont vraiment présentes auprès des patient(e)s, elles se concentrent plus sur une connaissance intuitive que sur la collecte des faits et des données relatives à la santé.

La résonance avec l’ensemble

Elle décrit la résonance comme un mécanisme, d’acquisition d’information, essentiel pour guider les actions de soins infirmiers et comprendre le sens dans la vie des patient(e)s. Elle a déclaré, c’est une distinction importante dans l’explication de la connaissance des soins infirmiers.

Pour résonner auprès des patient(e)s les infirmières doivent nouer des relations ouvertes, elles doivent se débarrasser des jugements personnels et transcender les valeurs et les croyances culturelles.

Le modèle et le sens

La théorie de la santé comme une expansion de la conscience repose sur la conviction que chaque personne présente un modèle distinct qui évolue à mesure que la personne interagit avec son environnement.

Le modèle est une information qui représente l’ensemble de la relation de la personne avec l’environnement et donne une compréhension de la signification des relations.

Les informations sur le modèle sous-jacent de chaque personne sont dans tout ce que nous sentons à son sujet: ses mouvements, le ton de sa voix, ses interactions avec les autres, son niveau d’activité, son  profil génétique, ses signes vitaux,..

La théorie de la santé comme une expansion de la conscience perçoit la maladie, le désordre, la déconnexion et la violence comme une explication du motif sous-jacent implicite de la personne, de la famille et de la communauté. La réflexion sur le sens de ces conditions peut faire partie du processus d’expansion.

 Le point d’action potentielle

C’est quand la vie des patient(e)s est dans le plus grand état de chaos, de désorganisation et d’incertitude que le partenariat avec l’ infirmière est reconnu comme le plus bénéfique.

La transformation  mutuelle due à l’interaction infirmière-client

Les soins infirmiers impliquent ” être” avec le/la patient(e)  au lieu “de faire” pour lui. Ce type d’ interaction sera bénéfique et transformera les deux.

Idéalement la relation infirmière-patient(e) se poursuit jusqu’à ce que le/la patient(e) trouve sa ou ses propres vibrations rythmiques.

 

CONCLUSION

La pratique des soins infirmiers, de point de vue de la théorie de la santé comme une expansion de la conscience, repose sur une approche holistique qui place ce qui est significatif pour le/la patient(e) au centre de la focalisation de l’infirmière.

Cette approche centrée sur la personne présente un attrait pour les soins infirmiers à travers toutes les cultures.

 

SOURCE

 

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