La bientraitance est un concept qui a émergé ces dernières années, il a permis d’ouvrir le débat sur les pratiques soignantes et a montré l’inadaptation des soins en gériatrie tels qu’ils sont assurés actuellement en France, il a surtout permis de libérer la parole et d’ouvrir une brèche dans un système institutionnel, maltraitant, érigé en modèle à suivre.

Les soignant(e)s commencent à se rendre compte de la présence de certains soins maltraitants et de la possibilité d’en parler ouvertement. Un tabou a été brisé, la loi du silence !

Pendant des années, toute réflexion, tout regard critique,  toute interrogation, toute analyse ou toute pensée étaient interdits dans les établissements pour personnes âgées.

Nous avons assisté cette année à l’émergence du mouvement ni nonnes, ni bonnes, ni pigeonnes qui exprime le ras-le-bol des soignant(e)s devenu(e)s des maltraitant(e)s / maltraité(e)s, des “soi-niants”/ “soi-niés”.

 

Voilà, trois extraits de témoignages présents sur les forums:  

” les vieux sont des citoyens de seconde zone.

Le GVT consent seulement à leur octroyer des emplois supposés d’avenir low-cost et rémunérés avec nos impôts. Ni qualifiés, ni formés, ni même motivés. Tout bénéfice pour les structures…

Les professionnel(le)s qui évoluent dans ces structures où la maltraitance prévaut, y participent.”

[.. Il y a pire que le bruit des bottes : le silence des pantoufles”.
Un deuxième témoignage :
“Je réitère donc. Le silence et l’acceptation de certaines PEC par des professionnel(le)s qui évoluent dans des structures où la maltraitance institutionnelle prévaut, qu’elle soit physique, psychologique, financière…etc, les rendent complices de ce système avec des pratiques immondes sur des personnes vulnérables afin de gagner du temps. L’institution n’est pas innocente mais il faut arrêter de se cacher derrière son petit doigt ; ce sont bien les employé(e)s qui la font vivre. Le constat et le fatalisme devant le manque de moyens n’exonèrent rien et ne rend pas meilleur mais donnent seulement bonne conscience….La bientraitance des patients/résidents/usagers/clients passe au préalable par la bientraitance des soignants. Cela a du mal à rentrer dans certaines têtes.”
Un troisième témoignage:
“Les seules propositions que je peux faire c’est oublier la langue de bois et faire remonter les conséquences de la maltraitance institutionnelle. Se mobiliser pour faire évoluer cet état de fait, par exemple avec le mouvement ni bonnes ni connes ni pigeonnes…Et défendre nos anciens ! Plus tard nous serons vieux aussi. Voulez-vous vraiment être soigné avec de moins en moins de soignants ? Et en supporter les conséquences ? Comme autre proposition il serait bon aussi de faire remonter les informations côté médias. On parle beaucoup de la maltraitance quand il s’agit de maltraitance par les soignants mais cette maltraitance institutionnelle est méconnue du grand public. Et elle induit des effets quasi similaires pourtant! Dénonçons l’ARS.”

 

La bientraitance: un regard critique

Christophe Pacific (cadre supérieur de santé, docteur en philosophie) s’érige et dit : A bas la bientraitance ! Nous pouvons lui en vouloir si son approche n’était pas critique et constructive. Il cherche tout simplement à :

  • dépoussiérer le “prêt-à-penser” et à faire évolué “la pensée soignante“.
  • dépasser l’intention de bientraitance et à s’assurer que nous ne sommes pas toxiques pour autrui (un(e) soignant(e) qui embrasse un(e) résident(e), est-il /elle bientraitant(e) ou maltraitant(e) ? Tout dépend de la situation, de la représentation des un(e)s et des autres,de la relation établie,…)
  • sortir le /la patient(e) du centre de notre schéma de soins et le placer à un statut du sujet au même titre que le/la soignant(e). La place vide du centre sera occupée par le soin lui-même.
  • mettre en place dans la formation un module expliquant ce qu’est une pensée conséquentialiste, un courant utilitariste et comment se positionner devant un dilemme éthique de façon professionnelle
  • passer de l’éthique de conviction à l’éthique de responsabilité afin de développer un savoir construit avec et pour autrui dans des institutions justes.

Je trouve les propositions de Christophe Pacific  pertinentes et doivent être intégrées dans la formation des Infirmières de Pratiques Avancées.

Ce type d’approche critique est nécessaire pour faire évoluer la pensée infirmière et pour prendre le chemin des Sciences Infirmières.

 

Mes conseils

  • Le but de cet article est de susciter la réflexion; d’autres articles seront publiés sur l’analyse du concept de bientraitance et de maltraitance.

 

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